4 mains + 1 chant

J’ai élaboré ce projet à partir d’un projet précédent intitulé Impedimenta, dans lequel je demandais aux participants d’identifier des bagages encombrants, qui entravent leur déplacement. La plupart des inscriptions renvoyaient à des émotions. Ensuite, avec un modèle vivant, mime et danseur, j’ai dessiné les inscriptions. J'ai travaillé donc sur le corps émotif et le corps ému.

 

J'ai mis l’accent sur la peau, sur la carnation. J’ai dessiné les parties du corps mises à nues. Les vêtements sont suggérés par un simple trait de contour, parfois ils se défont, ou ne sont pas suggérés du tout. L’utilisation de l’espace blanc me permet de faire valoir le corps. J’explore aussi, de cette façon, le surgissement de la figure, isolée dans son espace, en lien immédiat avec ses émotions et ses sensations. Cet état d’isolement rend par ailleurs le caractère insondable et impénétrable de l’être. La présence, qui est ainsi donnée à voir, conserve son mystère. Le blanc suggère à la fois le vide et le plein. Il crée une énigme intéressante. Les bottes expriment le déplacement difficile.

 

Les quatre mains du titre renvoient au modèle qui est devenu, le temps du projet, le porteur des bagages lourds. Les mains tiennent, contiennent. Elles permettent la préhension, qui caractérise l’être humain. Les bras et les mains qui entourent, qui embrassent, qui s’attachent, renvoient à la joie de la rencontre, au chant du titre. Puisé dans un poème de St-Denys Garneau, le titre exprime mon souhait que nous ne soyons pas à côté de nous, mais en nous-mêmes, et soulagés de ce qui pèse. Soulager, du latin solacium, c’est-à-dire consolés.

Suzanne Lafrance

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